Amistad Europea Universitaria

Eric Lander, fondateur de l'Institut Broad du MIT et Harvard, promu DrHC de l'UCLouvain


Eric Lander is president and founding director of the Broad Institute of MIT and Harvard, a community of around 3,000 scientists and physicians using genomics to better understand and treat human disease. A geneticist, molecular biologist, and mathematician, Prof. Lander was one of the principal leaders of the international Human Genome Project from 1990 to 2003. With his colleagues, Prof. Lander has developed and applied methods for discovering the molecular basis of rare genetic diseases, common diseases, and cancer. He has done pioneering work on genetic variation, population history, evolutionary forces, regulatory elements, long non-coding RNAs, three-dimensional folding of the human genome, and methods to systematically identify the genes essential for biological processes.

A professor of biology at MIT and professor of systems biology at Harvard Medical School, Prof. Lander is also committed to training a new generation of scientists to fulfill the promise of genomic insights to benefit human health.

-oOo-

Discours de la Prof. Sophie Lucas, marraine d'Eric Lander

Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Recteur,
Cher Eric Lander

A ma propre surprise, je m’adresse à vous en français… Vous, cher Eric, êtes à l’origine de ce choix de langue puisque, et tant pis si je dévoile quelques minutes avant votre intervention la belle attention que vous allez nous accorder, vous avez souhaité vous adresser à nous en français. Evidemment, l’exercice est facile pour vous, qui avez un jour donné un discours en chinois lors d’une visite en Asie. Votre attachement au multilinguisme pourrait ne sembler qu’un détail. En fait, il illustre un aspect fondamental de votre personnalité, qui a sans conteste contribué à faire de vous l’un des scientifiques les plus influents et les plus inspirants de ce tournant de millénaire. Vous êtes multilingue comme vous êtes multidisciplinaire.

Votre première passion intellectuelle fut pour les mathématiques. Quand vous les avez maîtrisées, vous avez cherché à échapper au caractère solitaire du raisonnement mathématique parce que vous aimez les contacts sociaux et le travail en équipe. Vous avez cheminé vers l’économie, que vous avez enseignée à Harvard, mais cela ne vous a pas suffi. Vous avez voulu comprendre comment fonctionne le cerveau. Grand écart, s’il en est, qui vous a obligé à apprendre la biologie. D’abord celle des cellules. Mais pour comprendre la biologie cellulaire, vous avez réalisé qu’il vous faudrait apprendre la biologie des molécules. Et pour comprendre la biologie moléculaire, bien sûr, il vous fallait apprendre la génétique…

Des mathématiques à la génétique. Comme Francis Crick, qui étudie d’abord la physique, pour s’intéresser ensuite à la biochimie et à la biologie, et qui découvrira, avec Jim Watson, la structure en double hélice de la molécule d’ADN. Ou comme Walter Gilbert, physicien lui aussi, qui partagera un prix Nobel avec Frédéric Sanger pour avoir découvert comment séquencer cette fameuse molécule d’ADN. Vous et vos illustres prédécesseurs nous montrez combien la curiosité nous pousse à utiliser nos talents divers, sans aucun respect des frontières entre les disciplines, pour faire progresser nos connaissances collectives.

Vous confiez souvent que le tournant critique de votre vie scientifique, sans lequel vous ne seriez pas devenu celui qui a séquencé le génome humain, vous l’avez emprunté sous l’impulsion d’une rencontre fondatrice. Cette rencontre, c’est celle de David Botstein, qui était alors professeur de génétique au MIT. Il vous a manifestement inspiré, il vous a révélé que la génétique serait votre combinaison magique, celle des mathématiques rigoureuses et de l’étude des êtres humains. Votre parcours illustre ainsi l’importance de la filiation intellectuelle en sciences. Nous apprenons de nos pairs et de nos prédécesseurs lorsque ceux-ci nous inspirent. David Botstein vous a inspiré. A votre tour, vous inspirez aujourd’hui des cohortes de jeunes scientifiques à qui vous avez la générosité d’enseigner la biologie, et le secret de la vie. Votre enseignement, lui non plus, ne s’embarrasse pas de frontières puisque vos cours en ligne sont accessibles à tous, sans restriction d’aucune sorte.

Votre charisme est sans nul doute un des ingrédients qui, avec votre multidisciplinarité, vous a permis de réaliser cette tâche titanesque que vous avez eu l’ambition inouïe d’initier. Nous y voilà. Pour ceux qui ne connaissent pas vos travaux, vous êtes en effet celui qui a imaginé, initié, organisé et surtout finalisé le séquençage du génome humain.

Petite explication rapide pour les non-initiés: notre génome, comme celui de tous les êtres vivants, est constitué de molécules d’ADN. Il contient toute l’information nécessaire à notre construction, notre fonctionnement et notre reproduction. Il s’agit en somme d’un programme informatique, présent dans chacune de nos cellules sous la forme d’un texte de 23 très longs mots - nos 23 chromosomes – écrits en deux exemplaires. Une version nous vient de notre mère, l’autre de notre père. Ce texte comprend 3 milliards de caractères d’un alphabet à 4 lettres (A, T, G et C).

Vous, Eric Lander, avez permis que la séquence de ces trois milliards de 3 caractères soit entièrement décryptée. Ce travail fut bien entendu un travail d’équipe, comme l’avait été quelques années auparavant celui d’André Goffeau, professeur de cette université qui a coordonné le séquençage du génome de la levure, premier eucaryote jamais séquencé.

Pour séquencer notre génome, vous avez mis en place une organisation basée sur une collaboration internationale que vous avez voulue ouverte aux centres de recherche de toute nation, parce que vous considérez que le génome humain est notre héritage commun. Vous avez organisé un partage rapide et illimité des données générées par le projet, transcendant, une nouvelle fois, les notions de frontières, et déjouant par ailleurs des projets commerciaux qui visaient à constituer des banques de séquences génomiques humaines à des fins lucratives.

Vous êtes un rassembleur, un créateur de communautés. Vous l’avez encore montré en fondant le Broad Institute du MIT et de Harvard, en 2004. Grâce au mécénat exceptionnellement généreux de Eli et Edythe Broad, vous avez créé un institut de recherche collaborative, afin de transformer les connaissances acquises grâce au séquençage du génome en progrès biomédicaux, pour améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement de maladies humaines.

Aujourd’hui, bien que 8% seulement du financement de votre institut provienne du mécénat, et que vos ressources principales soient évidemment d’origine publique, vous nous expliquez à quel point la contribution du mécénat est stimulante, parce qu’elle permet aux chercheurs de prendre des risques, de jouer gros, d’imaginer grand, et d’ignorer les frontières imposées par la prudence qui prévaut légitimement quand on recourt à l’argent public.

Vos compétences multiples, vous les avez activement mises au service du bien public ces huit dernières années. Le président Barack Obama vous a nommé coprésident du PCAST, l’assemblée des conseillers du président en sciences et technologie. Entouré d’une communauté remarquable d’une vingtaine d’autres hommes et femmes de science, vous avez profité de cette occasion merveilleuse pour exercer votre langue préférée : celle fondée sur la rationalité, qui vous a permis de traduire, d’expliquer et d’émettre des recommandations de politique scientifique concernant entre autres l’énergie, le climat, la santé, les nanotechnologies ou encore l’expertise médico-légale. Votre mission s’est achevée il y a quelques jours. Il nous reste à espérer, ensemble, que la rationalité continuera de nourrir les programmes et décisions politiques dans nos pays, et ailleurs.

Parce que sans cesse, cher Eric, vous nous montrez comment dépasser les frontières, j'ai le plaisir et l'honneur de demander à Monsieur le Recteur de vous conférer le grade et les insignes de docteur honoris causa de notre université.

-oOo-

Discours du Prof. Eric Lander, docteur honoris causa UCL 2017

◊ Remarques de Louvain ◊

Monsieur le Recteur,
Professeure Lucas,
Chers co-récipiendaires docteurs honoris causa,
Mesdames et Messieurs,

C'est un immense honneur d'être admis comme membre de cette communauté académique distinguée. En découvrant ma nouvelle alma mater, j’ai pu apprécier le rôle considérable que la langue française a joué dans l’histoire de cette grande institution. Ainsi, pour cette occasion particulière, je souhaite exprimer ma gratitude en français. Malheureusement, je ne parle pas couramment cette langue: bien que je l'aie un peu apprise à l'école, j'ai eu trop peu d'occasions de la pratiquer ces dernières années. Toutefois, avec l'aide bienveillante du Professeur Lucas pour la traduction, je vais m’y essayer. Je compte sur votre indulgence pour pardonner mes maladresses.

Je voudrais aborder deux sujets: le pouvoir du savoir, et le pouvoir des communautés.

Tout d’abord, le pouvoir du savoir.

Au cours de ma carrière scientifique, j'ai eu la chance de jouer un petit rôle dans une révolution remarquable. Dans l'histoire de chaque discipline scientifique arrive un moment où les pièces du puzzle trouvent leur place, révélant une vue d’ensemble. Cette révolution a d'énormes conséquences.

* Au tournant du 16me siècle, les géographes ont commencé à assembler des fragments d'information en une carte cohérente de la Terre. Aujourd'hui, la cartographie des continents nous est tellement familière que l'on ne peut simplement pas imaginer ce qu’était la vie dans un monde où l’inconnu était de mettre le cap sur l’ouest.

* Au tournant du 17ème siècle, les astronomes et les physiciens ont redéfini l'univers - transformant la Terre d'un centre autour duquel tout tourne, en un petit rocher gravitant autour d'une étoile quelconque, aux confins d'une galaxie ordinaire, dans un univers incroyablement vaste et solitaire, le tout obéissant aux simples équations de la force gravitationnelle.

* Au milieu du 19ème siècle, les chimistes ont transformé la substance physique de notre monde. Le Tableau Périodique des Eléments nous a appris que l'extraordinaire complexité de la matière pouvait être expliquée en moins de cent pièces de construction, la régularité de ses lignes et colonnes contenant les secrets de l'atome.

* Aujourd’hui, au tournant du 21ème siècle, nous, biologistes, commençons à percevoir la vue d’ensemble de notre discipline. Le Projet du Génome Humain a créé comme un « Tableau Périodique de l'être humain » – ne contenant pas cent éléments chimiques, mais vingt mille gènes codés par trois milliards de lettres d'ADN. Ces dix dernières années, les biologistes ont élargi cette carte de référence en créant des catalogues de presque toutes les variations génétiques fréquentes dans les populations humaines. Et, l'année passée, des biologistes ont initié le projet d’un « Atlas des Cellules Humaines » pour découvrir et caractériser, à l'échelle moléculaire, tous les types cellulaires du corps humain. Ces approches systématiques de la biologie sont en train de transformer la compréhension et le traitement des maladies humaines. Aujourd’hui déjà, mes propres étudiants ne peuvent plus imaginer comment on étudiait les maladies dans les temps "préhistoriques" des années 1990.

En effet, les savoirs fondamentaux ont le pouvoir de transformer complètement la manière dont nous voyons le monde. Ils ont aussi le pouvoir de transformer comment nous vivons dans le monde. Au cours du siècle passé, les avancées scientifiques et techniques furent à l’origine de plus de deux tiers de la croissance du produit intérieur brut dans les pays développés. Aussi, elles ont sauvé des millions de vies et allongé notre durée de vie moyenne de plusieurs décennies. Il est légitime d’affirmer que la connaissance est la force la plus puissante du genre humain.

D’autre part, je souhaite parler du pouvoir des communautés. Le secret du succès du Projet de Génome Humain est qu’il fut une véritable collaboration -- entre six nations (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Japon, Chine), impliquant plus de vingt centres de recherche, et des milliers de scientifiques (biologistes, chimistes, mathématiciens, informaticiens, ingénieurs). Notre chemin fut jalonné de défis, mais grâce à la diversité des talents et des points de vue, presque à chaque fois, quelqu'un a pu les relever. Quand ce n’était pas le cas, nous avons élargi notre communauté, intégrant de nouvelles personnes aux idées fraîches.

Construire une grande communauté collaborative était une idée nouvelle en biologie. Elle fut un tel succès que, depuis, l’expérience a été renouvelée encore et encore.

A Boston, nous avons cherché à perpétuer l'esprit du projet de Génome Humain en créant l'Institut Broad -- un nouveau type d'institut de recherche qui réunit le MIT, Harvard et les cinq hôpitaux universitaires de Harvard, dans l’objectif de tenir la promesse de la médecine génomique. L'institut a grandi jusqu'à compter trois mille personnes dans une zone de libre-échange intellectuel -- et il est devenu un modèle pour de nouveaux instituts de recherche.

La communauté scientifique dans son ensemble a fait sienne l'idée de consortiums internationaux aux objectifs ambitieux, partageant librement toutes les données générées. Ces dix dernières années, ces partenariats ont catapulté le progrès en génomique fondamentale et notre compréhension des mécanismes moléculaires de dizaines de maladies.

La leçon est claire: nous pouvons accomplir tellement plus ensemble que nous ne le pouvons individuellement.

Ces deux idées -- le pouvoir du savoir et le pouvoir des communautés aux points de vue divers -- sont importantes non seulement en science, mais aussi dans toutes les activités humaines. Ensemble, elles ont contribué au progrès, à la prospérité et à la paix.

Ainsi, il est effroyablement inquiétant de voir ces idées aujourd’hui mises à mal.

Nous sommes de plus en plus les témoins de tentatives de fermeture des portes:

* Tentatives de fermeture des portes à nos communautés – la mise en place de barrières physiques et légales pour nous séparer de ceux qui sont différents -- au Royaume-Uni, en Europe, ici en Belgique et, récemment, et de manière choquante, aux Etats-Unis. Ceux qui excluent les autres s'enferment eux-mêmes. Isolés, ils resteront à la traine.

* Et aussi, tentatives de fermer les portes à nos propres esprits—pour nier des évidences gênantes. Il y a quelques semaines, un conseiller politique aux Etats Unis a déclaré que les mensonges n’étaient que de simples "réalités alternatives" -- un terme qui serait parfaitement à sa place dans le roman 1984 (mille neuf cent quatre vingt quatre) de Georges Orwell. Ceux qui abandonnent la vérité, abandonnent le progrès. Ignorant, ils resteront à la traîne.

En des temps comme ceux-ci, les universités ont une responsabilité toute particulière. Plus que toute autre institution, les universités portent les valeurs jumelles de savoir et de communauté. Nous devons défendre ces valeurs.

J'ai choisi de m'exprimer en français non seulement pour honorer l'histoire de cette université, mais aussi pour affirmer que nous appartenons tous à une communauté partageant des valeurs communes et un langage commun.

L'université, l’Academia, n'est pas une tour d'ivoire. C'est un flambeau brillant: le flambeau des Lumières.

Je suis honoré et fier de devenir un membre de votre communauté et de vous rejoindre pour porter ensemble ce flambeau. Il nous reste beaucoup de travail à réaliser.

Merci beaucoup.

-oOo-

Sources : Eric Lander visits our campus february 7 : de duve institute

Discours de la Prof. Sophie Lucas, marraine d'Eric Lander

Discours du Prof. Eric Lander, docteur honoris causa UCL 2017

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Comentarios
  • Comentario por wiki.mmodevastation.info 12.02.17 | 07:46

    Obs: Qualquer termo lavrado dispêndios do que R$167 a R$500,00 dessa forma vossemecê altera-se rafar cerca de R$7.500,
    00 se escolher através do cautela de exoneração
    dentre sinal a lêiser. http://wiki.mmodevastation.info/index.php?title=User:DinahBoothman62

  • Comentario por Ferdinand 12.02.17 | 04:24

    http://www.Daero52.com/xe/board_ziRf83/44920

  • Comentario por Rubin 12.02.17 | 00:15

    Nem tenção vem dando FREQUENTEMENTE próprio, perto de centenas a alunos satisfeitos no
    entanto nunca produzindo a sua adequada chope. http://Www.Csdpoliarte.it/userinfo.php?uid=16506

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